Dans la foulée de la dénonciation du nombre de cas de harcèlement et d’agressions sexuelles, du mouvement très médiatisé #moiaussi -#metoo -#balancetonporc et de la vague de consternation provoquée tant au niveau international que national, une question me brûle les lèvres constamment : Vous êtes surpris de l’ampleur du harcèlement et des agressions sexuelles dans la société? Vraiment? Eh bien! Moi pas du tout!

Un sage m’a dit un jour que la lucidité avait l’inconvénient d’apporter une bonne dose de déception. Je crois qu’il n’avait pas tort. Vous ne trouvez pas que nous sommes dans une belle grande communauté du déni et du silence depuis trop longtemps? Qui a-t-il de réellement surprenant dans la nature des événements entourant la vague de dénonciation présentement? Le nombre de victimes? Rien de nouveau. La violence faite aux femmes? Rien de nouveau. Et celle faite aux hommes? Rien de nouveau non plus. La consternation internationale? Ah bon!

Pour ma part, ce qui me consterne c’est ce grand déni et l’inaction se perpétuant au fil des années. C’est aussi de constater cette oisiveté des témoins du harcèlement psychologique, sexuel et des agressions. Ce SILENCE des gens qui voient, qui entendent et qui ont le pouvoir de changer les choses ou au minimum de réagir devant l’injustice et les abus.

Prenons le monde du travail par exemple. Le nombre de plaintes de victimes sans cesse en croissance nous renvoie à cette banalisation du mal dans les organisations. Les politiques instrumentalisées de « Tolérance 0 » et de ces beaux énoncés de valeurs  donnant bonne figure de presse aux organisations sans qu’elles les mettent concrètement en application. Du moment où une victime dénonce, c’est le silence et le malaise. Les gens fuient. Ce nombre de témoins silencieux aux airs accablés qui soudainement semblent surpris…Eh bien! Aujourd’hui, en bon québécois, j’en pète ma coche!

Repenser la question de l’éthique dans les organisations

Le point positif du phénomène médiatique actuel, c’est qu’il laissera très certainement des traces. De quelle nature et pour combien de temps, cela reste à voir. Quelles sont les réparations possibles pour les personnes qui dénoncent?

Lorsqu’une personne travaille dans une organisation ou une entreprise et qu’elle est victime de harcèlement, elle a habituellement une idée de l’impact d’une future dénonciation. Un des effets est la stigmatisation. Ce qui contribue à alimenter la stigmatisation d’une victime? Par exemple, le silence des collègues et des personnes qui sont proches, l’évitement, le malaise, l’analyse perpétuelle de l’état mental et psychologique de la personne qui a dénoncé et le déni de la réalité.

À grande échelle, le harcèlement et les agressions nous obligent à revoir l’éthique dans les organisations, dans les entreprises et dans ce que nous appelons communément le « vivre ensemble ». Ces événements nous confrontent à un effondrement des valeurs que nous prétendons pourtant défendre haut et fort et que nous affichons un peu partout. Wow…

En termes simples, le harcèlement et les agressions en deviennent à être institutionnalisées. Faute de régler concrètement les problèmes, cela revient à les banaliser indirectement. Nous encourageons le silence et l’inaction en quelque sorte.

J’avais récemment un échange avec une victime de harcèlement qui a suivi le pénible processus de dénonciation d’une situation de harcèlement sexuel face à son gestionnaire dans son entreprise. Après l’avoir écoutée et pris des notes (vous pouvez être sûrs qu’ils en prennent beaucoup et pas seulement pour vous protéger), les ressources humaines ainsi que les supérieurs hiérarchiques l’ont tout simplement laissée face à son harceleur. Celui-ci s’en est tiré avec un petit avertissement du genre « ne le fais plus! ». Ses collègues de travail qui ont été témoins des faits n’ont rien fait et n’ont rien dit. Cette personne s’est malheureusement retrouvée en arrêt de travail isolée pendant deux longues années à se faire questionner par son assureur.

Lorsque le cœur vous étouffe et que le souffle vous coupe, allez courage! Quand une personne, qu’elle soit femme ou homme, décide de dénoncer, ne devenons pas le complice de ce grand silence et de cette inaction. Nos initiatives personnelles peuvent vraiment aider les victimes face aux carences d’une organisation ou d’une entreprise.

Nous pouvons faire tellement mieux ensemble! Ne soyons plus silencieux mais solidaires.

Bon courage à toutes ces personnes qui osent dénoncer leur agresseur et à ceux et celles qui savent prendre les grands moyens pour venir en aide aux victimes! Et de grâce, ne tolérons plus ce silence …

Éthiquement vôtre,
S.L.