Durant la dernière année, j’ai interrompu mes interventions sur mon blog pour différentes raisons dont la principale était la nécessité de faire une pause…Une pause pour écouter davantage et faire la mise en commun ainsi que l’analyse des différents problèmes qui me sont rapportés par des gens vivant des situations difficiles en milieu de travail. Un constat de chemins entrecroisés et un résumé assez succinct : la perte de sens.

Une vie accomplie

Ramenez-vous à l’époque où vous débutiez votre vie d’adulte, aux rêves que vous caressiez tranquillement, aux projets fous dont vous aviez envie, à votre première voiture qui vous permettait d’aller indépendamment où vous vouliez, à toutes ces barrières qui vous insufflaient davantage de courage que de peur…Et puis après plusieurs années sans trop savoir pourquoi, vous vous réveillez un matin le cœur gros malgré une vie socialement acceptable avec une belle maison, des enfants, un chien, un bon travail , etc. Mais ça ne va plus! Vous vous êtes perdus en cours de route et vous êtes déçus mais n’osez le dire. Votre vie est à l’image de la parfaite « photo frigidaire » et elle paraît plutôt bien! Mais qui êtes-vous au juste?

Travail et consommation

Dans notre société moderne et pleine de technologies, les produits de luxe deviennent en quelque sorte des nécessités qui finissent par engendrer de nouvelles responsabilités et de nouvelles obligations. Je lisais dernièrement un livre de Yuval Noah Harari qui résume assez bien l’idée : « Dès lors que les gens sont habitués à un certain luxe, ils le tiennent pour acquis. Puis se mettent à compter dessus. Et ils finissent par ne plus pouvoir s’en passer. Prenons un autre exemple familier de notre temps. Au fil des dernières décennies, nous avons inventé d’innombrables moyens de gagner du temps qui sont sensés nous faciliter la vie : machine à laver, aspirateurs, lave-vaisselle, téléphones, iPhone, ordinateurs, e-mail. Auparavant, écrire une lettre, indiquer l’adresse, la timbrer et la porter à la boîte était un gros travail. Il fallait des jours ou des semaines, voire des mois, pour recevoir une réponse. Désormais, je peux rédiger en quatrième vitesse un mail qui va faire un demi-tour du monde et, si mon destinataire est en ligne, recevoir une réponse une minute après. Autant de soucis épargnés et de temps gagné, mais la vie est-elle plus détendue? Hélas non. À l’époque du courrier postal escargot, on n’écrivait que si l’on avait des choses importantes à dire. Au lieu d’écrire la première chose qui vous passait par la tête, vous preniez le temps de réfléchir à ce que vous vouliez dire et à la manière de le formuler. Et on s’attendait à recevoir une réponse tout aussi mûrement réfléchie. […] Nous imaginions gagner du temps, au lieu de quoi la routine de la vie s’est emballée : tout va dix fois plus vite qu’avant et rend nos journées angoissées et agitées. »

Pelleter du vent

À travers ces journées de travail qui vont de plus en plus vite, qui d’entre vous n’a pas été convoqué à une de ces réunions d’une inutilité inestimable? Comme dans un film où se succèdent les sujets et les revendications qui n’aboutissent à aucune orientation claire ni à une décision tranchée. Vous regardez défiler la journée en ayant l’impression de visualiser un film du dimanche matin qui vous expose les plus belles visions d’Alice au Pays des Merveilles…qui sont les bons…qui sont les mauvais…Après tout, c’est probablement le lapin qui sort du jardin! Vous écoutez pendant des heures un ramassis de «semi-absurdités» dénuées de sens. Seule votre conscience professionnelle vous oblige à y assister, mais vous n’osez dire ce que vous en pensez vraiment.

Et si vous êtes de ces personnes qui sont courageuses, vous osez poser des questions et remettre en cause ce qui est dit. Et tout-à coup, vous avez l’impression d’être devant le Roi ou la Reine des Glaces…Vous êtes maintenant dans un remake de Blanche-Neige!

Oser déplaire pour susciter le débat est un défi. Pourtant, c’est souvent en suscitant le débat d’idées que l’on prend les meilleures décisions dans une organisation. Mais pour cela, il faut savoir qui l’on est et quelles sont nos valeurs…Il faut aussi savoir laisser de côté son égo et ses failles d’enfant devenu adulte.

Être authentique : Un véritable défi d’acceptation en milieu de travail

Voici la définition très simple de l’authenticité dans le dictionnaire Larousse 2017 : « D’une sincérité totale »

Un gestionnaire récemment nommé à un poste de cadre de direction dans une entreprise privée me faisait part de sa difficulté à rester lui-même. Les courants de pensée dans la gestion des organisations suivent des « tendances modes » et nous assistons présentement à un discours sur l’importance de l’authenticité en milieu de travail. Multiples entreprises déploient des messages sur la priorité de l’authenticité dans leur organisation. Après tout, qui pourrait être contre la vertu? La réalité de beaucoup de travailleurs est la plupart du temps différente des messages vertueux au sein de l’entreprise. Et à force de faire semblant, ces organisations ne voient pas l’impact de ces messages d’apparat : les gens perdent non seulement le sens de ce qu’ils font, mais de ce qu’ils sont!

Étant donné l’importance de la terminologie en éthique, revenons à la définition du mot authentique : « D’une sincérité totale » . Même en portant vos plus belles lunettes roses, croyez-vous vraiment qu’il puisse être possible d’être d’une sincérité totale dans un milieu de travail? Essayez-le un jour ou deux et soyez attentifs à la réaction autour de vous. L’idée de l’authenticité nous renvoie surtout à l’importance d’assumer sa propre personnalité tout en ayant à la fois les meilleures intentions. Il y a là une nuance, mais cela demande tout autant de courage. Car être authentique, c’est aussi s’assumer et connaître ses propres limites.

À venir : la suite dans la PARTIE 2…

Éthiquement vôtre,
S.L.

Citation: Extrait du livre « Sapiens » de Yuval Noah Harari, Éditions Albin Michel, 2012, p.113