Une brève mise en contexte

Ces dernières années, des événements concernant des activités illicites et des pratiques douteuses en entreprise sont venus marquer l’actualité du Québec. Que l’on pense à l’écrasement du viaduc de la Concorde en 2006, à la Commission Johnson, à la création de l’unité permanente anticorruption en 2011 (UPAQ), au rapport Duchesneau ou à la Commission Charbonneau, il est clair que l’on sent une volonté globale d’assurer de meilleures pratiques d’affaires dans l’avenir. De nos jours, le mot « éthique » est en vogue dans nos organisations! Dans le langage courant, il est utilisé dans de multiples expressions comme par exemple :

  • l’utilisation d’un code d’ « éthique » ;
  • ce qui est attendu comme comportement « éthique » ;
  • lorsque les gens disent que c’est « éthiquement » correct ou cela n’est pas « éthique »;
  • etc.

Pourtant, « éthique » n’est pas un synonyme de « correct ». L’éthique est en fait un domaine offrant de multiples facettes et faisant principalement référence à des valeurs. Voilà pourquoi il est important de clarifier et de différencier l’éthique de la morale et de la déontologie. J’aimerais ici faire le lien avec la définition proposée par Samuel Mercier (2000) :

« L’éthique d’une entreprise regroupe un ensemble de principes, de valeurs et de croyances qui dirigent la conduite des individus. Elle est recherche identitaire et a pour ambition de distinguer, par une réflexion personnelle, la bonne et la mauvaise façon d’agir.

Par rapport à la morale (qui peut être définie comme un ensemble de normes conformes à un groupe qui s’imposent à tous), l’éthique introduit une dimension supplémentaire : elle impose de donner une place à l’individu, reconnu capable de faire valoir sa parole et ses intérêts propres.

La déontologie renvoie à une ensemble de règles dont se dote une profession (ou une partie de la profession) au travers d’une organisation professionnelle qui devient l’instance d’élaboration, de mise en œuvre, de surveillance et d’application de ces règles [H.Isaac 1998, p.98]. Elle a toujours un caractère obligatoire, tout manquement pouvant faire l’objet de sanctions. » *

En fait, l’éthique s’appuie sur des valeurs et amène un questionnement par rapport à une conduite à adopter, elle donne un sens à des actions ou des façons de faire, elle aide à déterminer ce qui est « bon » et « juste ».

Par exemple, je suis d’avis qu’un code d’éthique en entreprise doit demeurer inspirant et éclairant. Il doit favoriser la prise de conscience et le raisonnement chez les employés dans des situations où se posent des dilemmes éthiques. Il est malheureusement facile de rédiger un code d’éthique en y collant de simples règles de gestion et en voulant lui donner un sens davantage coercitif. C’est peut-être là que se pose l’inconvénient possible du code d’éthique : une sorte de gel de la réflexion.

Moyen ou Volonté?

La formalisation de l’éthique dans les différents documents d’une organisation peut donner bonne figure à celle-ci sans qu’il existe de réel engagement de la part de ses dirigeants; ceci est un exemple d’instrumentalisation de l’éthique. Pourtant, un code peut devenir un outil particulièrement intéressant pour promouvoir les comportements à adopter et pour susciter une réflexion à caractère éthique dans une organisation.

Pourquoi ne pas instaurer concrètement des sessions de réflexion sur la dimension éthique dans les organisations? Puisqu’en général nous avons besoin à la fois de volonté et de moyens pour mettre en application des orientations en entreprise, pourquoi ne pas faire de l’éthique une source mobilisante et inspirante? Au-delà d’une idéologie de l’excellence, il y a moyen de développer une culture organisationnelle qui tient compte de la dimension éthique, des préoccupations individuelles et interpersonnelles et d’une pensée flexible pour surmonter les obstacles. En effet, selon Mercier(2000), « la culture se forme par un processus d’apprentissage continu de l’organisation et se construit au fur et à mesure de ses réactions face aux situations nouvelles qu’elle rencontre. Cette construction permet de délimiter les frontières de l’entreprise et de transmettre une certaine identité à ses membres. »* Selon moi, c’est un moyen d’augmenter le sentiment d’appartenance et indirectement : la productivité et l’efficience.

Dans votre milieu de travail, percevez-vous l’importance de la dimension éthique au quotidien? Quels sont les moyens concrets mis de l’avant pour promouvoir l’éthique au sein de votre organisation? Faites-vous plutôt face à une instrumentalisation de l’éthique?

Éthiquement vôtre,
S.L.

 

* Référence: MERCIER, S., 2000, « La formalisation de l’éthique : un outil stratégique pertinent pour l’entreprise », Finance Contrôle Stratégie – Volume 3, N° 3, septembre 2000, p. 101 – 123.

 

Qu'en pensez-vous? 2 commentaires

  • Anonymous dit :

    Bonjour .

    Dans l’entreprise dans laquelle je travaille , il y a un code d’éthique en vigueur . Personellement je constate que malheureusement les seules fois qu’on nous en parle c’est lorsque ça fait l’affaire de la direction ou bien lorsqu’il y a des messages à transmettre . Nous sommes loin d’un échange ouvert avec la direction sur nos comportements . J’aimerais beaucoup qu’on réfléchisse davantage sur la dimension éthique et cela en collaboration avec la direction . Cela nous aiderait grandement à donner sens à nos actes et à notre travail au quotidien. Oui, j’aurais plus l’impression de faire partie de l’équipe et d’une organisation qui transmet des valeurs! Le monde actuel se cherche partout et cherche une identité et un sens à leur travail….tout est trop superficiel et axé sur les $$$…Pourtant, lorsque l’on croit aux valeurs d’une entreprise, on est certainement plus productif!

    En bon québécois, vous devriez venir faire une tour chez nous pour brasser la cabane, ça ferait du bien au moral des troupes!

    Anonymous

    • Sabrina dit :

      Bonjour,

      Je vous remercie pour votre commentaire. D’après ce que vous me décrivez, vous faites partie de ceux et celles qui sont dans une organisation où l’éthique est instrumentalisée. C’est malheureux, mais fréquent! Dans une entreprise, plusieurs croient que la réflexion associée à une démarche en éthique est un processus long et fastidieux qui demande beaucoup de temps et de rencontres. Et pourtant…Dès que les gens ont une réelle volonté, il est possible de commencer par changer les choses au quotidien avec de petits gestes simples comme, par exemple, le développement de l’écoute et de l’empathie. Lorsque l’on parle d’éthique organisationnelle, on fait souvent référence à des activités de sensibilisation et ce n’est pas pour rien.
      En vous remerciant,
      S.L.

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